Hommage à Peter Hersnack

Auteur: 
ADDA Dominique

Août 1987, Grimentz en Suisse, douze candidats se retrouvent devant TKV Desikachar et un jury éclairé afin de passer le Diplôme supérieur Viniyoga. Nous faisons, quelques amies et moi partie du public attentif mais aussi stressé par les épreuves auxquelles sont soumis nos professeurs...
Et c’est de stress justement que l’un des candidats vient nous parler. Il le met en relation avec le yoga. Sa présence est simple, forte et son regard lumineux. Il s’appelle Peter Hersnack. Il nous dit que « le stress est un moyen vital d’adaptation » pour lequel « nous devons renforcer notre élasticité intérieure ». Nous saurons plus tard que la vie lui a donné très tôt, dès sa petite enfance, l’occasion d’éprouver cette élasticité intérieure.

Il s’exprime en anglais, et un mot revient souvent dans ses propos: « the link », le lien. Il en parle avec tant d’enthousiasme, d’intensité et la certitude qu’il y a là beaucoup à explorer, que nous sommes convaincues : nous devons nous mettre en relation avec lui !

C’est avec beaucoup de gentillesse et d’intérêt, comparable à celui que nous lui portons, qu’il se laisse « kidnapper » par notre petit groupe.
Un merveilleux voyage qui démarre  à Paris dans un lieu spécial, la cave d’une crèche nommée « la maison du petit enfant », sans fenêtre, si ce n’est celle que Peter nous permet d’ouvrir peu à peu sur nous-mêmes. Un lieu spécial pour des rencontres avec un être très spécial. Quel clin d’œil du destin!
Conscientes de notre chance nous ne lâchons pas « notre » Peter et multiplions les rencontres dans des endroits plus « aérés ». Par les liens qu’il nous invite à créer, nous sentons l’espace grandir en nous, nous nous sentons de plus en plus vivantes et respirantes. Une semence est plantée qui ne demande qu’à grandir,
 
les années passent,
 

Peter en sera longtemps le jardinier attentif offrant sans relâche le fruit de sa recherche à tous ceux, et ils seront nombreux, qui répondront présents à sa rencontre.
La rencontre ? Peter fut toujours prêt pour cela, disant que si nous étions ensemble c’était pour quelque chose, mais quoi ? Légèrement en recul, il observait, laissant libre l’espace réservé à la relation, au champ (au chant ?) des possibles. Tout en lui le signifiait : son regard accueillant, sans jugement, son attitude, son écoute, sa bienveillance. Ce faisant, il nous permettait d’être libres et prêts nous aussi.

C’est alors qu’en effet la relation « chantait » : un nouveau bhavana, une nouvelle image jaillissait que Peter nous offrait et qui nous remplissait de joie. L’exigence à garder le lien se faisait légère, permettant à la vie d’ouvrir une nouvelle voie en nous.
Peter de dire alors avec un petit sourire, les yeux brillants de malice, émerveillé tel un enfant devant un nouveau jouet, mais pas étonné : « c’est spécial, non ? » Quelle pudeur devant ce qui était l’évidence pour lui !

Peter, tu nous as quittés au petit matin de ce Vendredi saint, nous laissant les perles nées du fruit de tes méditations.
On dit des colliers de perles qu’il faut les porter afin d’éviter que les perles ne meurent...Si présent en nos cœurs, tu nous questionnes plus que jamais sur la transmission du yoga mais aussi de l’être que nous sommes au sein de cette transmission.
Saurons-nous maintenir vivantes les perles du collier que tu nous as donné ?

Pour ma part, je ressens ton départ comme une invitation à laisser germer ma créativité, celle qui est issue de la plus grande liberté et à poursuivre ma recherche. Sans aucun doute, tes perles en sont les clés. Merci Peter.

Dominique Adda


 

Le yoga à l'épreuve du cancer

Auteur: 
ADDA Dominique
 
La souffrance

Heyam duhkham anâgatam... Nous pouvons et devons éviter la douleur non advenue, nous dit Patanjali dans le Yoga-Sûtra (II-16). Nous comprenons aisément que nous ne devons pas nous mettre en position de souffrir, mais que faire lorsque la souffrance est là ?
Il est des souffrances de tous ordres, aux multiples causes, mais il n’est pas de comparaison possible d’une personne à l’autre. Seul celui qui souffre sait si sa souffrance actuelle est plus ou moins intense que celle qu’il a pu ressentir à d’autres moments. Nous ne pouvons juger celle des autres selon notre échelle personnelle ! Certaines épreuves font cependant l’unanimité, et le cancer est de celles-là. Que l’on en sorte grandi, transformé, amoindri… ou non, c’est une longue traversée de tempêtes. Tout notre être peut approcher le naufrage d’un moment  à l’autre.

Les pancamaya et le yoga

Notre corps souffre, notre énergie est affaiblie, nos convictions chamboulées, nous perdons confiance et la joie a disparu de l’horizon. Nous reconnaissons là les pancamaya de la Taittiriya Upanishad : cinq strates, appelées « corps », en relation les unes avec les autres qui composent l’être humain. Du plus externe au plus interne, ce sont les corps sensorimoteur (corps et organes des sens), énergétique, mental, psychique, émotionnel. Si l’une de ces couches est touchée, les autres réagissent également. Ce modèle nous permet de comprendre que si un corps souffre, les autres risquent de souffrir également (qui n’a jamais eu de baisse d’énergie et de moral lors d’un simple rhume ?), mais revers positif de la médaille, un corps qui va bien va donner du bien-être aux autres (ne vous êtes-vous jamais senti en pleine forme après une bonne nouvelle ?).
Ce « quintuple » regard peut être un guide pour notre vie quotidienne. Il devient une aide extraordinaire pour faire face à la maladie. Et c’est le yoga qui va nous en apporter les moyens concrets. Les postures, quand c’est possible ; la respiration, toujours ; le chant, parfois ; la méditation,  le plus souvent possible ; l’éclairage du Yoga-Sûtra de temps à autre.
 
Les lignes suivantes sont le fruit non exhaustif d’une expérience personnelle, mais aussi d’accompagnements de personnes malades. Il est possible qu’ayant fait «  la traversée », vous l’ayez vécue de tout autre façon. J’espère ne blesser personne au travers de ce témoignage et des conclusions qui en découlent.
 
L’annonce et son lot d’émotions (les klesa)
Qu’elle soit faite en douceur ou non, qu’on la devine ou pas, l’annonce est reçue comme un véritable séisme. Bien vite des questions viennent à l’esprit : pourquoi moi ? qu’ai-je fait, ou pas fait ? vais-je souffrir, mourir ? à qui en parler, ou pas ?...

La culpabilité : elle peut jaillir, aidée parfois, hélas !, par certaines remarques de l’entourage, qui  semble étonné qu’avec « notre yoga » nous puissions être malades ! De notre côté, nous reconsidérons bien des choses : notre pratique pourtant assidue, notre hygiène de vie, notre gestion du stress… est-il besoin d’en rajouter ? Notre ego, asmita, est fortement déstabilisé et remis en cause. Mais jaillit, quasi imperceptiblement, l’intime conviction qu’un changement doit se faire. Qu’il faut remettre « les choses » à leur juste place.
S’approcherait-on de la notion de discernement, viveka (II-26), dont nous parle Patanjali ? C’est-à-dire ne plus mélanger notre puissance de vie, et la manière dont nous la transcrivons dans le monde ?  L’enjeu est de taille, mais il peut nous plaire car, s’il est difficile, il offre une direction : faire le tri, les bons choix, s’approcher de notre vérité. Mais le premier choix dépend-il de nous ? En fait, pouvons-nous reculer ? Une fois sur le navire, impossible de faire demi-tour !

 A cette culpabilité possible, le Sâmkhya Kârikâ, texte qui vient étayer la philosophie du yoga, nous dit que la souffrance est de trois sortes : une part vient de nous, une part vient des autres et une dernière part de la Vie. Ne nous mettons pas tout sur le dos ! Le bagage est déjà assez lourd, plus nous l’allégerons, plus nous avancerons positivement. De même, constatons que, quand tout va bien, cela est dû tout autant à nous qu’aux autres et à la  Vie !

La colère et la peur : voici un couple aux éléments bien complémentaires, se transmettant leur force à tour de rôle, se cachant parfois l’un derrière
l’autre, et nous entraînant par là même dans une valse bien mal maîtrisée. La peur, nous dit Patanjali, est présente même chez le sage, et elle ne demande qu’à grandir (II-9). Est-il étonnant qu’elle nous accompagne encore, bien des années de rémission plus tard, à l’approche des contrôles ?

Le rejet : il peut être présent lui aussi et à de nombreux niveaux. L’envie de tout abandonner parfois : même le yoga qui nous a pourtant tant apporté ; les amis, dont nous ne supportons plus les conseils donnés avec tant de générosité ; et encore moins ceux qui n’osent plus nous parler ou ceux qui ne voient plus en nous qu’un cancer !

L’aphorisme I-33 nous donne quatre attitudes à adopter face à certaines situations : ressentir de l’amitié vis-à-vis de ceux qui sont heureux, de la compassion envers ceux qui souffrent, de la joie pour ceux qui agissent dans le respect de ce qui est juste, et de la neutralité par rapport à ceux qui agissent mal. Ces attitudes nous permettent d’avoir un mental en paix. Il ne s’agit pas de la méthode Coué mais de ressentir combien en être à l’opposé nous fait du mal, nous ronge. Nous n’avons pas besoin de cela ! Evitons d’augmenter la douleur.
Nous pouvons alors mieux comprendre les autres quelle que soit leur réaction, mais aussi être plus indulgent, aimant envers nous-mêmes. Ce n’est que dans le respect des attitudes prônées par Patanjali que nous allons pouvoir être notre meilleur accompagnateur. Et il est fort possible que nous ayons à les visiter toutes les quatre ! Oui, nous avons besoin de Paix. C’est donc dans le premier chapitre du Yoga-Sûtra, qui est celui de la pacification, que nous trouverons le plus de pistes pour nous aider.

Choisir une direction !

Après l’annonce vient la proposition de traitement de la part du corps médical, mais aussi, bien souvent, plein de bons conseils censés nous guérir, lesquels nous éparpillent, nous décentrent, et nous font perdre beaucoup d’énergie. L’aphorisme I-32 nous dit que notre mental sera paisible si nous choisissons une direction, et que nous nous y tenons. Se perdre dans de multiples rendez-vous, des lectures sans fin promettant la guérison par tel ou tel régime… Arrêter une chimiothérapie avant la fin pour se tourner vers la phytothérapie ? Que d’incertitude, de peur, de culpabilités possibles engendrées ! Cette direction choisie n’exclut nullement des aides associées qui seront à son service : acupuncture avant et/ou après les chimiothérapies, compléments alimentaires, plantes drainant le foie…
Le terme employé est ekatattva. Il indique le fait de s’engager dans une direction comme nous venons de le voir, mais aussi le fait de respecter ce qui fait notre unité. Sans cesse agir pour servir ce qui nous porte, au bénéfice de l’unique, vivant en nous. Eviter autant que possible, tout ce qui nous « éclate », nous disperse, nous morcelle. C’est dans ce cadre que, plus que jamais, nous sentirons le bénéfice de notre pratique.

La pratique

Il est évident que celle-ci doit être adaptée à chaque cas avec l’aide d’un professeur mais nous pouvons en définir quelques grandes lignes. Soyons réalistes, le but de la pratique n’est pas de guérir mais d’accompagner, d’aider à l’amoindrissement de la douleur, d’être plus attentif afin de savoir s’écouter dans la justesse, et de trouver le plus de paix possible. Nous appliquerons pour cela le principe premier de toute thérapie : ne pas aggraver (cf. II-16 qui a initié ce texte). Apaiser le mental, calmer le feu, aider à l’élimination des produits toxiques, sera notre but.
Les pratiques physiques seront très douces, de type langhana (allant vers la réduction). Elles agiront sur la zone d’apâna (abdominale) par des flexions et torsions très légères, et pourront combiner un peu de dynamique intégrant des respirations en statique. La dynamique va aider à la circulation de l’énergie. Selon les périodes, la pratique se fera plutôt en position couchée, ou pourra intégrer quelques postures debout.  Elle ne doit fatiguer à aucun prix !

Les postures, simples, seront choisies en fonction du cancer (par exemple des mouvements progressifs et fréquents de bras pour le cancer du sein après opération). Cependant, dans un premier temps, nous les choisirons de manière à préserver un équilibre général du corps afin d’éviter les déséquilibres dus à des compensations.

Les mouvements se feront le plus souvent sur l’expiration, avec ou sans paliers. Ils pourront également se faire par tous petits paliers sur plusieurs respirations (notamment  amener un bras en arrière sur 6 à 8 respirations dans un mouvement quasi continu sans tenir compte des phases respiratoires).

Il ne faut pas hésiter à se servir de l’imaginaire : ceci est très efficace. La respiration y tient la place essentielle mais la concentration indispensable à l’exercice va également éviter la dispersion du mental. Ce genre de pratique donne énergie et calme. Il est tout à fait possible de faire une pratique complète en se servant de l’imaginaire lors des chimiothérapies par exemple. Le but est alors d’activer la circulation et d’éliminer le produit le plus vite possible. On fera des flexions, des triangles, des torsions, des postures de l’abdomen (apânâsana), le tout en imaginaire. Il ne s’agit pas de se passer le film des postures, mais de faire « comme si on les faisait réalisait réellement… mais sans les faire » !  Il se peut que nous éprouvions même le besoin de faire des contre-postures !

Nous l’avons compris une attention toute particulière à la respiration est indispensable. Nous favoriserons l’expiration. L’attention sur sa place dans l’abdomen, des techniques telles qu’anuloma ujjâyî, shîtalî (cette dernière peut aider également en cas de nausées), des rythmes très simples, des sons, du chant iront vers un allongement de celle-ci.

Le chant, s’il est possible – il faut un minimum d’énergie – est une aide fort appréciable ; sons doux (éviter les syllabes telles que hrâm, hrîm… hrâh qui augmentent le feu, mais peuvent aussi l’éteindre s’il est très faible, ce qui se traduit par un épuisement), mantra ou chants apaisants. La focalisation sur leur signification les rendra encore plus efficaces. Nous les choisirons donc en fonction de celle-ci. Les sons choisis pourront être au bénéfice d’un temps de méditation ou de réflexion.

La méditation, quelle que soit sa forme (en assise, en position couchée, avec ou sans objet, dans l’action…), va nous amener à plus de paix par la seule présence qu’elle nous demande. Elle nous offre quelques moments sans projection, durant lesquels la peur se tait. La répétition de ces moments va amoindrir les racines de la peur qui se fera plus discrète. Pour certaines personnes la visualisation d’une image agréable sur la zone malade sera vécue très positivement. Pour d’autres personnes ce sera impossible: celles-ci seront plus à l’aise en se focalisant sur un objet qui leur parle, ou sur un mot (paix, confiance, courage, guérison, avenir…). Cela se fera dans la langue qui nous convient, le sanskrit n’est pas obligatoire !

Une pratique classique pourra commencer par du chant et des respirations, suivis de quelques postures, et se terminer à nouveau par des respirations, du chant et une méditation. Des temps de relaxation pendant ou en dehors de la pratique seront bienvenus, que celle-ci soit guidée (souvent plus facile) ou non. Dans tous les cas, et plus que jamais, l’adaptation (III-6) est de mise ; elle respectera notre fatigue, notre psychisme, et nos possibilités du moment. Elle suivra les vagues inévitables dues aux traitements.

La pratique n’est malheureusement pas toujours possible ; la souffrance est trop présente, le mental ne peut se poser. C’est à nouveau vers le premier chapitre du Yoga-Sûtra que nous nous tournerons pour trouver un peu de paix.

Des « pistes » vers la pacification 

Patanjali nous offre encore quelques « pistes » avec les aphorismes I-34 à I-39. Le dernier, I-39, nous dit que nous trouverons la paix en méditant sur l’objet de notre choix. Il laisse entendre que les aphorismes qui précédent sont des « objets » de méditation. A les lire, nous nous apercevons, comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, qu’il nous arrive de les appliquer instinctivement. Pour les citer brièvement, ce sont :
• Savoir « expulser le trop plein », dire avec force ce que l’on a sur le cœur, et goûter les moments de répit qui s’ensuivent. Viendra ensuite la possibilité d’allonger en douceur l’expiration.
• Se nourrir de ce qui nous fait du bien, nous élève ; donner à nos sens ce qui les ravit : écouter de la musique, visiter une exposition, se promener dans la nature….
• Se tourner vers le lieu en soi où l’on sait que se trouvent la sérénité, la lumière. C’est le plus souvent le lieu du cœur, mais il peut être différent.
• Se relier à un domaine ou un être représentant le détachement, la sérénité. Il peut s’agir de lieux (église, temple…), de personnes vivantes ou non. Partager avec des personnes qui sont passées par le chemin que l’on traverse et qui ont du recul est une aide appréciable.
N’oublions pas ces pistes, appliquons-les en conscience, elles font partie intégrante du Yoga !

Se rapprocher de soi
Plus que jamais, la maladie est l’occasion d’appliquer sauca (II-40, 41). Comprendre ce qui est bon pour soi, à tous niveaux. Savoir dire non, à certaines nourritures, du corps et des sens, à certaines fréquentations ou sollicitations. Ce n’est pas toujours facile mais il faut tenir bon, et longtemps ! Le bénéfice est immédiat, et fort de cette expérience, il est possible que nous gardions cette clairvoyance plus tard. Se sentir juste dans ses choix donne une force que l’on sait retrouver quand c’est nécessaire.

Et ensuite…
Que ce soit tout de suite après les traitements ou bien plus tard, nous devons garder très présente la définition de la posture selon Patanjali : sthirasukham âsanam, la posture est ferme et agréable (II-46). Savoir gérer notre énergie le plus justement possible selon les besoins que nous demande le quotidien. Méfions-nous des moments où nous nous sentons « boostés », nous risquons d’en faire trop ! Passer par des phases au cours desquelles nous avons l’impression de fonctionner en-dessous de nos possibilités est indispensable, vital.

La traversée d’un cancer peut entraîner de profondes modifications dans notre vie. Des prises de conscience importantes peuvent se faire qui agissent comme un lâcher-prise, une sorte de nettoyage qui nous permet d’être, malgré les doutes sur l’évolution, plus légers. Soyons attentifs à ne pas nous alourdir à nouveau en prenant « notre » cancer comme support de notre vie ! Le support auquel nous référer est la lumière qui a pu jaillir dans les moments de clarté lors de cette traversée !
 
Février 2016



 

Vous dites "Yoga et santé" ?


Au fil de mes années de pratique et d’enseignement du yoga, qui commencent à compter, ma position par rapport au concept de « Yoga et santé » s’est modifiée. Je vais tenter de rendre compte ici de l’état actuel de mes réflexions.
 
J’ai initialement été encouragée par Desikachar à tirer parti de ma formation médicale en me concentrant particulièrement, dans les ateliers, stages ou sessions de formation de professeurs, sur les spécificités de l’enseignement à des personnes touchées par la maladie. Dès cette époque, j’ai préféré utiliser la terminologie « Yoga et santé » plutôt que « Yogathérapie ». En effet, je considère que l’objectif central du yoga n’est pas le traitement des maladies : cette démarche passe par un « savoir y faire » avec les accrocs de santé mais s’oriente fondamentalement vers la chute des identifications, vers une liberté intérieure, vers une sérénité dans la reconnaissance de notre singularité qui implique une certaine solitude.
 
Il reste très important de pouvoir repérer les troubles de santé et leur expression dans le corps et le psychisme, d’affiner la mise en œuvre des « bonnes ou moins bonnes » pratiques. Cependant, je voudrais aujourd’hui évoquer autre chose.

Quelques définitions
 
Selon le Yoga-sûtra, la maladie, avec les troubles qu’elle engendre, est clairement un obstacle sur le chemin du yoga. Ni plus ni moins. Plus généralement, on peut dire que les maladies ont des impacts très divers sur la possibilité de « bien vivre sa vie ».
 
J’en trouve de nombreux exemples dans ma pratique médicale:
Dans le courant d’une même journée, récente, un patient, représentatif de plusieurs autres, est venu me consulter avec une liste détaillée de petits maux qui l’obsèdent et pour lesquels il est en demande de traitements homéopathiques considérés comme non agressifs. Dans nombre de tels cas, aucun médicament n’est nécessaire, encore faut-il passer du temps à le faire entendre. D’autres patients, atteints de maladies très handicapantes, « font avec », comme cette femme, hémiplégique par AVC : elle se déplace très difficilement mais a gardé, voire amplifié, tout son intérêt pour la lecture et la réflexion.
Lequel de ces deux patients est-il le plus malade ?
 
Quelles définitions de la santé retenir ?
 
            - Voici ce qu’on trouve dans le Larousse:
Nom féminin (latin sanitas, -atis, de sanus, sain):
  • État de bon fonctionnement de l’organisme.
  • État de l’organisme, bon ou mauvais : Être en mauvaise santé.
  • Équilibre psychique, harmonie de la vie mentale : Santé morale.
  • État sanitaire des membres d’une collectivité : Constater une amélioration de la santé d’un pays.
  • État, situation, satisfaisants ou non, de quelque chose dans le domaine économique, social : La santé de l’euro.
  • La définition de l’OMS, en 1948 : « Un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » Aujourd’hui, en commentant ce texte, je dirais « quelle ambition, quel idéalisme... ». Qui dans le monde peut prétendre être dans ce « complet bien-être »? Même s’il est essentiel de prendre en compte les dimensions physiques, psychomentales et sociales.
  • Et en effet, cette définition a été considérée comme irréaliste, ce qui a conduit l’OMS à la reprendre en 1984 : « Mesure dans laquelle un groupe ou un individu peut, d’une part, réaliser ses ambitions et satisfaire ses besoins et, d’autre part, évoluer avec le milieu ou s’adapter à celui-ci. La santé est donc perçue comme une ressource de la vie quotidienne, et non comme le but de la vie ; il s’agit d’un concept positif mettant en valeur les ressources sociales et individuelles, ainsi que les capacités physiques. » Il me semble que le yoga s’inscrit plus volontiers dans ce type de projet, avec toutefois la nécessité de s’interroger sur l’importance de la primauté accordée à l’« individu » ou à l’entité « groupe ».
 
« Comment vous sentez-vous ? »
 
Mais pour aujourd’hui, je préférerais aborder le concept « yoga et santé » à partir d’une formulation volontairement équivoque : « Comment vous sentez-vous ? »
 
Car les effets étonnants de la pratique du yoga sont en bonne partie le résultat de ce qui s’y apprend : que ceux qui le pratiquent développent leur sensibilité, qu’ils puissent observer de plus en plus finement la structure du corps, son fonctionnement, les mouvements, interactions, perturbations qui y surviennent sous l’influence de facteurs « internes »  et « externes ». A partir de cela, se trouvent souvent des solutions pour rendre plus agréable l’état de santé. Et le rôle du professeur est en bonne partie de guider l’élève vers la possibilité de le faire lui-même (cf. svatantra : autorité personnelle, autonomie). Ce « sentir » ne doit absolument pas être escamoté au profit d’un « agir »/« réagir » qui, mis en œuvre trop tôt, pourrait entraîner sur de fausses pistes.
 
Le corps-oiseau

La métaphore du corps de l’homme vu comme celui d’un oiseau, et quintuple, présentée dans la Taittirîya upanishad, m’inspirera ici encore quelques propositions:
  • Le corps « de chair » le premier, le plus tangible, est abordé à partir de la pratique du yoga avec la question suivante :
Qu’est-ce que je sens de manière localisée dans différents lieux de mon corps : dans la «charpente » – le rachis, les membres, la tête, les articulations, les muscles... – ; dans le ventre, la poitrine, la gorge, le visage, le bas du corps, le haut du corps... ; dans le nez, la bouche et autres orifices du corps ?
Et par conséquent : d’où part cette douleur, ou cette sensation, quelle relation est-ce que je ressens entre la partie du corps concernée et d’autres parties ? Pas seulement pendant ma pratique de yoga mais aussi dans mes activités et gestes du quotidien.
En conséquence, que se passe-t-il quand je modifie un peu ma position, quand je tourne un peu différemment un membre, quand je positionne autrement mes épaules... Et souvent, ces « petites » prises de conscience et ces « petits » changements auront de  grands effets.
 
  • Le corps dit « d’énergie », de vitalité, se révélerait par les caractéristiques et variations de ce qui est perçu comme animant le corps « de chair » : sensations générales de vitalité ou de fatigue, de vivacité ou de lenteur, d’agitation désordonnée ou de tranquillité, rythme cardiaque, rythme et caractéristiques respiratoires, répartition de la chaleur dans le corps, zones de tension, zones perçues comme « vides »...
Bien entendu, les techniques de prânâyâma sont en première ligne des propositions du yoga pour agir à ce niveau mais comme nous le verrons bientôt, il faut aussi prendre en compte les effets de la parole et de la pensée.
 
  • Le corps « mental », marqué par les effets des apprentissages, de la transmission d’une façon de se tenir, de bouger, de parler, de penser, en accord avec les schémas dominants dans un contexte social et culturel donné. Ce qui peut donner lieu à l’enfermement dans des réponses stéréotypées et inadaptées aux situations vécues. Avec le corps suivant, il est le domaine de la parole et de la pensée. Avec le corps précédent et le corps suivant, il contribue à forger le schéma corporel.
Le choix, dans la pratique du yoga, de bhâvana, c’est-à-dire d’intentions particulières énoncées par le professeur, contribue à ouvrir le champ des possibles et des solutions à trouver en telle ou telle circonstance.
 
  • Le corps « de conscience personnelle », dépendant des paroles : d’abord celles qui, entendues depuis le plus jeune âge, véhiculent une identification entre l’enfant et son image perçue dans le miroir et nommée par l’Autre. Puis celles qui ont eu, ont, auront un impact direct sur le corps sous la forme de sensations parfois très aiguës, telles que la chaleur de la honte ou de la colère, l’oppression de la tristesse, la torsion de la peur, le sourd inconfort de l’angoisse, la sidération par la violence vécue, le souffle coupé par la parole inouïe, la détente par la parole aimante...
Un certain nombre de ces sensations ou de ces affects marqués, un jour, dans le corps ou le psychisme, seront de plus en plus facilement reconnaissables, lorsqu’ils surgiront à nouveau, par ceux qui font, par exemple dans des temps méditatifs, l’expérience d’en débusquer l’empreinte avant même que leur développement ne devienne pathogène.
 
  • Le corps « de jouissance », « somme des émotions », disait Desikachar, siège de la capacité de goûter avec acuité et sérénité ce qu’apporte la vie, mais aussi de la possibilité d’être débordé par l’intensité des expériences. Dans ma pratique médicale, je rencontre souvent des patients qui sont ainsi débordés, au moins par moments, à des degrés divers, par exemple dans des contextes professionnels très sollicitants ou des relations personnelles compliquées.
Il est clair que le cadre fourni par le yoga sous la forme de rendez-vous réguliers avec soi-même, faisant coupure avec l’ambiance et le rythme dans lesquels on vit, a en soi des chances d’offrir les circonstances d’un apaisement, de contenir ce qui, de ces sensations, serait en excès.
 
D’abord, ne pas nuire
 
Il n’est pas inutile de repérer comment, concrètement, aborder en yoga des situations pathologiques : d’abord ne pas nuire, trouver comment le yoga peut être pratiqué en dépit de la présence de troubles, comment il pourrait contribuer à les améliorer. Mais il n’y a pas de recette toute faite.

Et la préoccupation de la  maladie a, au moins en partie, valeur de symptôme de blocage : la maladie, pour le yoga, pose problème quand elle est un obstacle.
Obstacle par rapport au déploiement d’énergie et à la détermination nécessaires pour affiner la connaissance de soi et de ce qui meut chacun différemment.
Obstacle à la chute des identifications à des groupes, à des fonctions, à l’« air du temps », à la projection des représentations d’autrui.
Obstacle, donc, sur le chemin « vers un soi » plus conscient de sa singularité, de sa responsabilité, de sa possibilité de choix.

Par Laurence Maman, médecin, professeur et formatrice certifiée




 

Yoga au Carreau - Cœur ensoleillé

Auteur: 
PRIOUL Sylvie




 

L'Institut Français de Yoga - Ile-de-France présente

Yoga au Carreau
Cœur ensoleillé
Oui j'y vais !



Dimanche 3 juillet, venez partager un moment de yoga avec nous. Avant de plonger dans l'été, accordez-vous une halte stimulante.
Se rencontrer, se retrouver, pratiquer ensemble, saisir l'instant, se laisser guider dans la détente et le plaisir.

 


Pour cette deuxième édition de Cœur ensoleillé au Carreau du Temple, deux pratiques d'une heure et demie vous sont proposées simultanément,
l'une guidée par Sylvie Prioul et Anne Guérin, l'autre par Lina Franco et Pascale Jaillard.
Après les séances, une rencontre avec les professeurs de l'Institut français de Yoga permettra aux participants qui le souhaitent de découvrir
les différentes applications du yoga telles qu'elles sont proposées par l'IFY-IDF.  

La matinée se terminera par un moment de convivialité autour d'un verre de... jus de fruit.
N'hésitez plus à laisser votre cœur s'ensoleiller.

 

Programme

10h : accueil des participant(e)s

10h30-12h : pratique sur le tapis
Salle 1 : Sylvie Prioul et Anne Guérin
Salle 2 : Lina Franco et Pascale Jaillard

12h15-13h : moment d'échange

 


La mouche et le pot de miel


Il était une fois une petite mouche ordinaire qui vivait avec ses frères et sœurs ordinaires sur un gros tas d’ordures.
 
Ce tas d’ordures, comme vous l’imaginez était poussiéreux et malodorant au possible ! Mais les mouches n’en avaient cure et adoraient leur tas d’ordures…
Elles essayaient bien quelquefois d’aller voir ailleurs mais, invariablement, elles revenaient sur leur tas d’ordures favori.
 
Pourtant un jour, l’une d’elles, plus futée peut-être, décida de s’aventurer plus loin, et elle découvrit, ô merveille ! Sur le bord d’une fenêtre, un grand pot de miel doré. Elle en fut toute retournée ! Jamais elle n’avait senti une si délicate odeur ! Jamais elle n’avait rien vu de plus beau !
 
Avec précaution, elle posa une patte sur le miel et goûta. C’était si savoureux, si suave, qu’elle y mit une autre patte… « Que j’ai de la chance, pensa-t-elle, d’avoir découvert un tel trésor ! »
Quand elle fut pleinement repue, elle s’en retourna d’une traite vers le tas d’ordures malodorant.
Mais dès le lendemain, la petite mouche repartit pour s’abreuver de ce doux nectar, et ainsi chaque jour.
Elle avait bien essayé de convaincre ses frères et sœurs de l’accompagner mais rien à faire, ils étaient très contents sur leur tas d’ordures et n’avaient nulle envie d’en partir.
Alors elle s’en allait seule vers son pot de miel.
 
Cependant, tandis qu’elle se délectait, elle ne pouvait s’empêcher de penser à ses frères, ses sœurs sur leur tas d’ordures … « C’est étrange, se disait-elle, que je reste ainsi attachée à ce tas d’ordures. » Et, en dépit de la joie que lui procurait le miel, son attachement à ses mauvaises habitudes la forçait à revenir sur ses pas… jour après jour… Elle en était très malheureuse, car elle n’éprouvait plus de joie ni sur son tas d’ordures ni dans son pot de miel ! Elle était très déchirée !...
 
Or, un jour qu’elle était posée au bord du pot, une brise soudaine projeta directement la petite mouche dans le pot de miel. Elle en fut aussitôt pénétrée de douceur et de pureté. Immergée dans le miel, elle se sentit transportée de joie, oubliant ses frères, ses sœurs et tout le reste pour de bon. Jamais plus elle ne repensa au tas d’ordures, tout son être était transformé !
 
Ainsi en va-t-il de nous. Notre mental est comme la petite mouche. Il goûte un jour les délices du miel de la Connaissance, mais ses attachements et ses désirs le ramènent immanquablement vers son tas d’ordures : le monde matériel. Il reconnaît la supériorité de la saveur spirituelle, mais il ne peut s’empêcher de retourner sur ses pas…
 
De la même manière, lorsqu’un être se trouve immergé dans la pureté et la douceur de la vie spirituelle, il ne souhaite plus jamais revenir en arrière, il n’a plus à lutter contre ses désirs, ses attachements, ses pulsions,
 
Il est libre...                                                                      Swami Sankalpananda Saraswati

Antonia Rivot, Présidente IFY-IDF

Rencontre avec Paula Gabinski Ratsimba


Après avoir rencontré Paula, maman de trois grands garçons, qui enseigne l’anglais et le yoga, je pense à cette phrase de Lina Franco quand nous préparions le Carreau du Temple : « Cela ne va pas être facile de présenter toutes les richesses des enseignants de yoga tant elles sont nombreuses ! »
Je vous laisse juge : après une formation de mime avec Ella Jaroszewicz au Studio Magenia, elle poursuit des études de théâtre à l’université de Saint-Denis et fréquente l’Ecole Jacques-Lecoq pour des cours de « théâtre gestuel ».

Habilleuse, entre autres,  à l’Alcazar, au Moulin-Rouge et au Théâtre des Quartiers d’Ivry, elle décide d’interrompre cette activité à la naissance de son troisième enfant, les horaires de nuit étant peu compatibles avec la vie de famille... Elle commence à enseigner l’anglais, qui est sa langue maternelle, en tant qu’intervenante dans les écoles primaires.

Elle découvre le yoga de l’IFY en suivant les cours de Paco, un élève de Marina Margherita, puis se forme auprès de Marina et devient enseignante de yoga (promotion 2006-2009) à Courtry, Chelles et Lagny (Seine-et-Marne). Elle fait partie de l’association Instant Yoga qui regroupe des enseignantes formées par Marina Margherita
.
 
Marie-Christine Tchernia - Quel était ton sujet de mémoire ?

Paula Gabinski - « La création d’un espace dans lequel l’élève peut expérimenter et apprendre en toute confiance ». Mon sujet de mémoire partait de mon expérience de l’enseignement de l’anglais dans les écoles primaires, dans les lycées professionnels et les cours pour adultes. Quel que soit leur niveau et leur âge, les élèves arrivent avec des doutes et des difficultés d’expression. J’ai  proposé un enseignement plus réactif et plus ludique avec des situations et des jeux où l’expression orale domine tout en mettant le corps en action. Une mise en pratique du sutra II-3 : « Dans l’oppression due au doute, cultivons l’attitude mentale du contournement ». 

Tu enseignes le yoga depuis sept ans maintenant, de quoi es-tu le plus fière ?
J’ai accompagné en cours individuel un enfant autiste de 10 ans pendant deux ans, cela a été une expérience humaine très bouleversante. Et puis il a déménagé. Les progrès étaient très sensibles.
En mars 2015, au premier Salon des Femmes Entrepreneurs de Chelles, Claude, atteinte de la maladie de Parkinson, est venue à ma rencontre pour demander des cours de yoga dans l’optique de monter un cours collectif. Nous avons commencé avec les cours en individuel jusqu’à la mise en place d’un cours de groupe d’une heure trente à Lagny en septembre 2015. Il est destiné aux personnes malades et aux aidants familiaux. A cette occasion, j’ai trouvé du soutien auprès de Patricia Dautin, professeur IFY, qui a un groupe à Pontault-Combault.

Tu enseignes aussi à d’autres publics ?
Oui  j’enseigne aux enfants, aux adultes, aux seniors. J’ai développé aussi  des cours de yoga prénatal et postnatal après avoir suivi un stage de Bernadette de Gasquet « Yoga et maternité ».  J’avais envie d’un yoga qui s’adresse aussi au corps féminin avec tous ses bouleversements
Dans ce stage il y avait à la fois description physiologique de la grossesse et toutes sortes de propositions corporelles pour aider à un mieux-être et à l’apaisement du mental. C’est un véritable plaisir de voir comment le travail respiratoire, qui va dans le même sens que le nôtre,  est immédiatement senti par les femmes enceintes. En plus j’ai acquis des outils qui peuvent aider au placement du bassin que l’on peut guider à tout public.

Il y a eu aussi d’autres rencontres de formateurs...
Grâce à Michel Alibert, j’ai senti la finesse du mouvement respiratoire et la subtilité du diaphragme. Thierry Jumeau m’a formée au yoga-nidra. Je continue à travailler régulièrement en post-formation avec Marina (cours individuels, ateliers) qui, avec un enseignement clair, me ressource et me donne confiance…

Quels sont les sutras qui te portent ou ceux que tu aimes transmettre ?
Les yamas et les niyamas, les disciplines relationnelles. J’aime bien le sutra II-37 qui parle de l’honnêteté : être qui l’on est. La sensation d’être claire dans l’instant, de faire des rencontres réelles,  accepter d’être une personne gentille ! 

Je sais que tu as des projets qui te tiennent à cœur...
Je suis en train de créer une association qui va s’appeler Elan Yoga et j’espère ouvrir un cours de yoga avec France Parkinson à Chelles.
En association avec Patricia Dautin, le samedi 16 avril à 14h30 j’organise à Chelles un « Instant-thé » autour de la maladie de Parkinson. Je sais que des professeurs IFY-IDF ont déjà des élèves en cours particulier qui en sont atteints…

Propos recueillis par Marie-Christine Tchernia, professeur de Yoga IFY

L’utilisation du son et de la vibration sonore dans la pratique de yoga


L’Instant Thé, rencontre de professeurs, est un espace d’échange et de réflexion autour d’un thème. Nicole Héguy, organisatrice de l’Instant Thé du mois de février, intitulé « Les effets de la vibration sonore dans la pratique du yoga », a réuni cinq professeurs, qui utilisent le son et le chant dans leur pratique (syllabes simples, mantras ou chant védique) pour approfondir avec eux cette «voie du son».

Lié au souffle, qu’il permet d’allonger, le son peut accompagner les postures et avoir toute sa place dans l’assise. Il participe à l’orientation de l’esprit et par ses effets vibratoires à la détente corporelle. C’est à la fois un instrument d’éveil et d’extériorisation quand on le pratique avec des enfants par exemple et une aide à l’apaisement intérieur, très utile pour des seniors.

La « manipulation » des sons doit se faire avec beaucoup de prudence car la vibration sonore accentue les effets de la posture ou de la respiration. C’est un travail tout en subtilité qui nécessite d’être guidé, mais, bien utilisé, le son donne l’ouverture du cœur, il enracine et élève. C’est aussi, paradoxalement, une ouverture vers le silence…

Nous vous laissons découvrir les paroles des participantes...

Ghislaine : « Chacune des participantes a pu partager une expérience de sa pratique autour du son : que ce soit la pratique guidée avec des OM qui ont tout de suite permis l’intériorisation ; les quelques postures au sol avec des sons émis ou intérieurs, pour nous mettre à l’écoute de notre souffle ; le temps de relaxation avec CD, autour du chakra du nombril, pour réactiver le feu en nous ; les postures plus toniques debout avec des O et des A ; ou encore le chant védique pour clôturer ce partage d’expérience, dans l’unité et la diversité »

Jocelyne : « Nous avons baigné dans des sons si divers, que je suis partie avec une énergie vibratoire qui ne m’a quittée que très tard dans la soirée. Nous étions d’ailleurs toutes rayonnantes d’énergie après cette rencontre…»

Murielle : « L’Instant Thé permet de partager, d’expérimenter en commun. Cela fait du bien, surtout quand on se sent un peu isolée en tant que professeur. »

Carole : « Le thème du son m’a particulièrement intéressée : la pratique des postures en association avec la voix est un outil très puissant et apporte beaucoup de force et de joie. Et, au-delà de cet aspect, ressentir l’union du groupe en un seul chant composé de toutes nos voix différentes, en une seule et même vibration, a été une sensation magique ! »

Maryse : « Un beau moment qui est passé “comme un charme”. Avec de bonnes surprises : le soutien des voix ; l’aisance d’un cobra dressé avec un son sifflant ; la puissance légère, soudain, d’un Vīrabhadrāsana ; la plénitude du silence... Lors du tour de table final, nous avons échangé sur les apports du son pour la pratique mais aussi sur les précautions à prendre pour l’introduire dans les cours.
Merci à Nicole de nous avoir réunies autour de cette thématique et à Ghislaine qui nous a ouvert sa porte et offert ce beau lieu, cet espace ouvert, ciel et rivière tout proches. Avec, dans les moments de silence, le pépiement des oiseaux. Le train du retour nous a permis de faire plus ample connaissance. Ah ! les Instants Thé ! »

Nicole Héguy, professeur de yoga IFY


 

Le yoga à l’école

Le Yoga est bel et bien entré dans les écoles

Le Yoga est bel et bien entré dans les écoles

Depuis trois ans, j'anime deux ateliers de Yoga hebdomadaires dans une école primaire publique d'un quartier aisé de Paris, mais où les enfants sont d'origines sociales très diverses.

Le cadre de l'école est très spécifique : délimitée dans son espace, l'école vit selon une temporalité propre.

Dès le départ, mes ateliers Yoga ont dû s'adapter à ce cadre prédéfini et assez rigide. J'ai des groupes d'enfants nombreux (plus de 15) et de tous âges mêlés (de 6 à 12 ans).

Mes cours ont lieu entre 15h et 16h30, ce qui peut être la fin de journée pour certains, après les heures de classe et avant la sortie de l'école, mais qui pour d'autres est un temps situé entre plusieurs activités, jusqu'à 18h.

Les groupes d'enfants changent à chacun des trois trimestres et les activités sont choisies par les enfants eux-mêmes.

Mes séances s'intègrent au temps scolaire et s'adaptent à la configuration du lieu. Mais, de manière intéressante, la circulation qui s'établit là est quasiment sans filtre. J'ai avant tout à faire avec les enfants.

La communication avec les familles est possible mais s'avère restreinte. J'ai pu constater que le Yoga a acquis une place, une légitimité, jusque dans l'institution scolaire. J'ai reçu un accueil très favorable de l'équipe scolaire, dont le regard perplexe est devenu, dans le temps, attentif et bienveillant.

Quant aux enfants, ils ont tout de suite adhéré. Certains pourtant peuvent avoir une résistance vis-à-vis du Yoga.

Dans les moments de détente, le simple fait de s'allonger par terre et de se reposer leur est quasi impossible.

Le fait de me trouver en immersion dans leur monde me permet de repérer les tensions, les raideurs physiques et mentales qu'ils portent déjà - et d'ouvrir un espace où ils peuvent expérimenter une autre manière d'être, à commencer dans leur propre corps.

Inventivité et plaisir, les ingrédients du Yoga à l'école

Un des enseignements que je retire concerne la pédagogie. Le maître-mot est la spontanéité. Tout est ouvert avec eux, plus fortement qu'avec des adultes.

Ils sont le changement même, différents d'une semaine sur l'autre, d'un moment de cours à un autre. Perméables à tout ce qui se passe autour d'eux (bruits, lumière, mouvements).

Ils m'obligent à être réceptive à ce qu'ils laissent passer et à utiliser cela comme support afin de les rendre conscients du moment présent.

Je n'hésite pas à improviser quand je vois qu'ils sont à l'opposé de ce que je voudrais leur faire faire. Je suis souple dans la transmission de certaines notions, j'évite les discours (qu'ils reçoivent en classe) et passe plutôt par un jeu, une remarque pour leur faire comprendre la non-violence, la patience, la beauté.

A l'inverse, je peux être plus exigeante dans la réalisation de certaines postures afin d'en faire ressortir les bienfaits physiques et psychologiques.

Dans ce lien qui se tisse entre nous, nos guides sont l'inventivité et le plaisir.

Le Yoga est un jeu qui sert un but donné (gagner en concentration et tranquillité), un défi lancé à soi et aux autres, plutôt qu'une compétition.
Il revêt des formes multiples au-delà des postures, les mandalas étant leurs préférées.

Le Yoga à l'école est véritablement une respiration, il sort les enfants de la consommation et de l'efficacité et fait d'eux des bijas, graines semées qui donneront de beaux fruits.

Nadia Nasr, professeur de Yoga IFY





Une expérience du yoga avec les ados

Auteur: 
CREPEAU Yveline

Au fil des années, les enfants qui suivaient mes cours, commencés en 2008, sont devenus des adolescents... J’ai donc ouvert un cours spécifique pour répondre de façon plus appropriée à leur évolution. Un vinyāsa krama s’est naturellement opéré.
 
Le yoga pour ados reprend les bases du yoga enfants, mais avec un renforcement constant sur la respiration, permettant de se distancier des problèmes et faire « taire » les pensées désordonnées dues aux changements tant physiques que psychologiques, hormonaux et émotionnels.

Un temps de parole libre au début de chaque cours leur permet de mettre des mots sur leur état, d’échanger, d’être écoutés et à l’écoute des autres. Avec un rapport de confiance instauré depuis longtemps entre nous, confidences et interrogations sont aisées. C’est aussi l’occasion d’aborder les yama-niyama pour développer l’estime de soi, la bienveillance, l’honnêteté, l’autodiscipline, le respect.

Les  dix à quinze postures exécutées sur un rythme soutenu, certaines en statique, augmentent la persévérance, la stabilité et la force musculaire, notamment avec les postures d’ouverture, d’équilibre et les torsions. Les ados attendent aussi d’être surpris par de nouveaux enchaînements qui, parfois émanent de leurs propres propositions. Les variantes sont toujours bien appréciées, ainsi que les postures en binôme. Une des jeunes a décidé d’elle-même de pratiquer des postures de yoga lors d’un examen scolaire où la discipline sportive était au libre choix de l’élève. Elle était ravie de m’annoncer sa bonne note.

Capter leur attention est un objectif permanent à garder pendant la séance car les ados d’aujourd’hui sont  « décentrés » de par leurs habitudes à « zapper » d’un sujet à l’autre, d’une technologie à une autre, d’un centre d’intérêt à un autre, mais également à la recherche de leur propre identité. Les ados sont aussi stressés, avec des problèmes de sommeil, des angoisses qui s’ajoutent au mal-être ressenti par leur changement physique constant et leurs doutes sur l’avenir.

Chaque séance se termine par une relaxation guidée bien appréciée, avec une histoire inspirante et apaisante, suivie d’une assise méditative de quelques minutes en cercle pour se relier à soi, mais aussi aux autres.

Yveline Crépeau, professeur de yoga IFY